
Alors qu’on accuse nombre de québécois de passéistes, affirmant que nous devons oublier la défaite et regarder vers l’avenir, voici que ces mêmes accusateurs s’acharnent à fêter en couleur, la victoire de l’armée britannique de 1759.
Mais qu’est-ce donc que cette victoire des Britanniques d’alors si ce n’est que la défaite des Canadiens d’alors, si ce n’est pas de l’Histoire ancienne, du passé. Cette défaite, accompagnée de milliers de morts et de blessés, de la destruction de la ville de Québec, de ses habitations, de la destruction de centaines de fermes tout le long des deux rives du St-Laurent, de la main-mise sur le butin, etc. En fait, tout ce qui était alors le comportement d’une armée de vainqueurs envers les vaincus.
Car il faut bien le dire, la Nouvelle France fut fondée par les Français et tout au long des 152 ans qu’elle dura, ce furent les Français et leurs descendants, les véritables Canadiens, qui érigèrent ce pays, en firent une nation et bâtirent une société qui développa des liens amicaux avec les Amérindiens, sauf avec les tribus Iroquoises qui elles s’allièrent aux Britanniques pour guerroyer contre les Français. Et encore ce sont les Français qui signèrent la Grande Paix de Montréal le 4 août 1701.
Il faut bien le dire que les Britanniques avaient comme seul objectif de sortir les Français, la France, et par le fait même les Canadiens, de ce pays afin de s’approprier la traite des fourrures, d’en conserver le monopole tout entier sur l’Amérique d’alors, y compris éventuellement sur l’Amérique espagnole de la Louisiane et de l’Ouest du Mississippi.
Les Français de France et les descendants des premiers colons, devenus les Canadiens, vivaient ici en paix entre eux et les tribus indiennes et n’avaient nul besoin de se voir attaquer et voler leur pays.
Pourtant c’est bien ce que fit l’armée Britannique et même s’ils gagnèrent la guerre, avaient-ils légalement et moralement le droit de faire cette guerre?
La réponse est non!
Nul pays n’a le droit d’en agresser un autre, de détruire ses villes, de tuer et blesser ses citoyens, dans le seul et unique but d’agrandir son territoire et ses possessions.
C’est pourquoi aujourd’hui, nombre de Québécois considèrent qu’ils ne sont pas chez-eux dans leur propre pays.
Cette victoire de l’armée Britannique, devrait être dénoncée par les Nations Unies.
En fait, ce n’est pas nous qui ne sommes pas chez-nous, mais plutôt que notre pays soit devenu celui des autres (les vainqueurs), celui qui parle une langue étrangère à la nôtre . Même si nous savons que nous ne pouvons pas refaire l’Histoire, tout comme les Amérindiens ne peuvent pas la refaire (ils auraient sûrement préféré qu’aucun Européen ne débarque sur les berges de l’Amérique); nous voulons aujourd’hui être reconnu comme peuple fondateur de ce nouveau pays arraché aux Amérindiens. Nous voulons aussi reprendre notre destiné en main, conserver et protéger notre langue et notre culture en ayant « les deux mains sur le volant », (cette expression ne vous dit-elle pas quelque chose????).
Alors quand il nous traite de passéistes et qu’il tente en même temps de célébrer la victoire de 1759, il me semble que le vainqueur tient un double discours.
Nous serions le seul peuple qui accepterait de célébrer sa défaite?
Est-ce qu’il y aurait un seul québécois francophone qui oserait participer à de telles célébrations?
Je ne peux pas y croire!
Il me semble déjà suffisant d’être forcés d’entrevoir nombre de ces tortionnaires, meurtriers ou agresseurs d’alors via plein de rues, boulevards, villages, villes, monuments, édifices et j’en passe, nommés en leurs noms. Il me semble qu’on nous a suffisamment volé nos idées, nos symboles, comme le castor, la feuille d’érable, le « O Canada » pour ne nommer que ceux-là. Assez c’est assez et trop c’est trop. Il y a une limite à ne pas dépasser, comme il y a une limite à se faire insulter.
Le gouvernement Harper au travers de sa ministre Verner semble fortement décidé à rentrer dans la gorge des Québécois, ces célébrations pour le moins qu’on puisse les nommer, de douteuses et de provocatrices. Mais quel sorte de gouvernement avons-nous avec ces Conservateurs? Minoritaires qu’ils sont, comment agiraient-ils, qu’ils fussent majoritaires?
Quel est le véritable objectif visé par ce genre de décision?
Est-ce que le gouvernement du Québec cautionnera ces célébrations?
Le Premier Ministre Charest a affirmé publiquement qu’il ne participerait pas.
Cela ne permet pas de croire que le gouvernement ne désavouera pas l’idée.
Monsieur Charest ne participe pas plus aux fêtes de la St-Jean et ces fêtes sont cautionnées par le gouvernement.
Que feront les députés, les maires, les conseillers municipaux fédéralistes?
Vous voyez bien ici que l’on fait face à une éventualité de conflit entre fédéralistes et souverainistes.
Avons-nous besoin de nous quereller entre nous?
Car c’est bien de cela qu’il s’agira.
Inutile de se quereller si la fête n’a pas lieu, mais si elle a lieu, elle aura lieu ici, chez nous, dans notre coin, au Québec. Si des Québécois y participent, comment seront-ils perçus par les anti-participation. Et si personne d’entre nous ne fêtait, et que la fête fut maintenue par le gouvernement fédéral, il risquerait que bon nombre d’autres citoyens du Canada viendrait fêter ça, comme anciennement se fêtait la victoire de Guillaume III d’Orange en Irlande, avec tout ce qui se produisait alors comme animosités entre les deux factions.
Nous vivons dans un pays conquis.
Nous avons appris à vivre en paix, entre nous tous, malgré tout.
Pourquoi insister sur des célébrations qui réveilleront des sentiments trop forts qui pourraient dégénérer?
Quelles sont les raisons profondes qui sous-tendent cette décision?
Évidemment, les Plaines d’Abraham n’appartiennent pas au Québec, elles sont en territoire « Canadien », elles relèvent du gouvernement fédéral, sous la gouverne de la Commission des champs de bataille nationaux. Ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent, même si le gouvernement du Québec voulait s’opposer, il n’aurait aucune légitimité pour le faire. Quand je vous dis qu’on n’est pas chez-nous. Qui plus est, cette décision serait imputée aux fonctionnaires de la Commission des champs de batailles nationaux, permettant de ce fait aux politiques de se disculper.
Vraiment, il y en a qui ne cherchent qu’à brasser de la merde et qui jouissent de respirer à pleines narines l’odeur de leurs actions.