Hier je me pointe à l’épicerie de mon coin et que vois-je?
Deux caisses automatiques, en » self check out » comme disent les Français.
La veille, dans un autre magasin que je nomme « Tire Canadienne », j’avais aussi aperçu la même chose, mais quatre caisses plutôt que deux.
Ainsi, la mode s’installe chez les commerçants de la « Belle Province ».
Au nom de la sacré-sainte technologie, on verra apparaître dans les prochains mois, plein de ces caisses où l’on passe nos articles un à un devant le numériseur, sous prétexte d’accélérer le service.
Jadis, quand nous passions à la caisse, nous avions le loisir de parler avec la caissière qui nous placotait les dernières nouvelles de la paroisse. Le patron emballait nos articles et nous livrait gratuitement la commande à la maison.
Puis, vint un jour, les caisses dites « enregistreuses » parce qu’elles enregistraient sur une bande de papier, le nom et le coût de nos articles. Cependant, la caissière emballait elle-même notre commande, mais la livraison coûtait quelque chose, alors que le patron employait un jeune qui nous portait la commande à l’auto moyennant un petit pourboire.
Ensuite, pour donner un meilleur service, un emballeur se chargeait de tout mettre dans des sacs de papier, les déposait dans un bac sur un tapis, roulant jusqu’à un entrepôt où nous allions quérir nos dits sacs en auto, ce qui se nommait alors la « commande à l’auto ».
Un jour, les sacs en papier furent détrônés par des sacs de plastique contre lesquels les écolos se mirent en guerre et il n’y a pas longtemps, nous vîmes arriver les sacs ré-utilisables afin de mettre un terme aux milliards de sacs de plastique qui sont enfouis dans les décharges publiques et mettent des millions d’années à pourrir.
Je suis tout à fait en accord avec ça.
Ma femme est la recycleuse-modèle à souhait et elle m’a convertit à sa thèse.
Puis, vinrent ensuite les commerces qui offrirent de meilleurs prix, ce qui passait par le besoin d’emballer nous-mêmes notre commande, voire, d’emporter avec nous nos sacs ré-utilisables, pour lesquels ils nous remettaient cinq sous du sac. Les commandes à l’auto étaient passées mode et rares étaient les commerces qui payaient un jeune pour porter la commande jusqu’à l’auto dans le stationnement qui est toujours gratuit à l’heure où j’écris ces lignes.
Maintenant, nous aurons le bonheur, non seulement d’emballer nous-mêmes notre commande dans nos propres sacs, mais encore, nous aurons à calculer nous-mêmes notre facture et emporter nos effets nous-mêmes vers notre voiture. Le stationnement est toujours gratuit, mais j’imagine facilement qu’il deviendra payant sous peu, puisque le Maire de Montréal imaginera une suite au péage des ponts et aux parcomètres dans les rues. Les commerces possédant des stationnements seront certainement taxés par case de stationnement un de ces jours et les commerçants n’auront d’autres choix que d’installer des parcomètres dans leurs stationnements.
Malgré ce qu’en disent les commerçants ayant opté pour ces caisses « self », cela n’améliore aucunement la situation et le service, car il y a toujours une longue file aux caisses qu’elles soient manipulées par une jolie demoiselle ou automatiques. Le seul profit c’est le patron qui le met dans sa poche, point. Comme plusieurs commerces alimentaires ouvrent leurs portes les dimanches et jours de fête et même le soir et la nuit, mais doivent limiter le nombre d’employés en vertu de la loi, avec de telles caisses, ils pourront éliminer totalement les caissiers en ces périodes.
Il n’y a pas de création d’emplois dans ce genre de technologie.
Faux! diront les promoteurs, il se crée plein d’emplois dans le milieu de la technologie.
Oui, c’est vrai, mais ces emplois ne sont pas à la portée des étudiants qui auparavant pouvaient se faire un peu de fric en travaillant comme caissières, emballeurs, ou livreurs de commandes à domicile. J’imagine cependant, que les magasins devront embaucher des surveillants afin de prévenir les vols qui seront certainement plus grands que maintenant. En effet, il sera facile de rater quelques articles sur le numériseur, petits oublis payants pour qui voudra bien. Au départ, on trouvera les caissières en trop, déjà à l’embauche de l’entreprise, effectuant de l’aide aux clients devant ces caisses, mais rapidement, le temps les éliminera comme c’est fut le cas dans les guichets automatiques des banques où personne ne fait de l’aide assidument. Les personnes âgées, les aveugles, les gens qui ne savent pas lire et/ou écrire, seront encore là, parmi les laissés pour contre. Plein de gens sont toujours incapables d’utiliser les cartes bancaires ou les guichets automatiques. Il reste des caissières, direz-vous…. oui, mais alors, ce sera plus gênant d’y passer éventuellement. Dans quelques années ce seront les caisses manuelles qui seront en minorité et là où on fera la queue tout en étant pointé du doigt.
De plus, j’en ai marre de payer pour faire moi-même le travail qui ne me revient pas et qui plus est, ne pas profiter des économies que mon travail génère. Maintenant, je ferai la file devant une caisse automatique sans avoir le plaisir, durant cette attente en file, de regarder la jolie caissière qui auparavant me racontait, lorsque mon tour arrivait, une petite anecdote de la vie quotidienne dans la paroisse.
Ce qui me remplit d’espoir, c’est que la technologie avance si rapidement que bientôt, il ne sera même plus nécessaire de vider son chariot ou son panier. Des étiquettes à radio-fréquences permettront de numériser le panier en entier en un temps record. Il ne restera qu’à payer par carte bancaire évidemment, car la monnaie n’existera plus, elle sera remplacée par la carte de crédit ou de débit. Fini les faux billets, mais gare aux fausse cartes ou aux cartes volées. Il faudra toujours conduire le chariot à la voiture dans le stationnement et y déposer nos articles directement du chariot au coffre de l’auto, la commande ainsi réglée.
Ce qui sera plutôt désagréable, c’est le temps que mettra un client pour passer lui-même ses articles, surtout si plein de ces articles n’ont pas de codes barres comme les légumes, les fruits, etc. Un client moins rapide fera prolonger la file d’attente et certains désespérés-pressés s’impatienteront rapidement devant la lenteur ou l’inexpérience de ces clients ou encore devant quelques gros chariots bien remplis.
Il ne sert à rien de refuser le progrès, mais quand on y regarde de près, est-ce vraiment du progrès?
Il me semble que l’on se perd de plus en plus dans ce progrès qui va de l’avant au bénéfice du Profit plutôt qu’à celui de l’Humain.