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La Charité

La Charité Posted on 20 janvier 2014Leave a comment

Évidemment, je me devais de célébrer cette trilogie que sont les vertus théologales, comme il est question dans la religion catholique. Je ne suis pas pratiquant, mais je crois profondément dans la bonté et dans l’empathie. Je crois dans l’Humain et il me semble que ce soit là, le seul et véritable objectif dans la vie, soit, celui d’aimer son prochain.
Alors je termine mon trio avec la charité.

 » Charité bien ordonnée commence par soi-même. »

Je ne crois pas qu’il en soit toujours ainsi.

Par exemple, si je vois une personne tomber à l’eau l’hiver, sachant que je risque ma vie, que l’eau est très froide et que je pourrais avoir un gros rhume ou une pneumonie, je ne crois pas que je penserais à moi d’abord. Je n’écouterais que la voix du courage pour tenter de sauver cette personne. Donc, je ne commencerais pas par moi-même et je suis certain qu’il en va de même pour presque tout le monde.

Plusieurs pensent encore que faire la charité est synonyme de donner des sous.  La véritable charité n’est-elle pas de s’oublier soi-même pour ne penser qu’aux autres? Le Dalaï-lama nous enseigne que le devoir du bouddhiste est de tout faire pour secourir les autres. Si les aider lui est impossible, il doit au moins veiller à ne leur faire aucun mal.
La compassion est une qualité que tout bouddhiste doit développer.
La pitié c’est différent de la compassion. Mathieu Ricard nous dit que dans la pitié ce qui prévaut est la tristesse. Il y a un peu de supériorité dans le geste dit-il. Mais dans la compassion, c’est l’amour qui prévaut. C’est la capacité d’être sensible aux malheurs et aux souffrances des autres et de chercher ardemment à les aider.

La charité va aussi dans le même sens, car elle porte à vouloir et à faire le bien.  La charité, c’est l’amour du prochain. De nos jours cette vertu s’estompe de plus en plus. Ce qui est valorisé consiste à ne penser qu’à soi, qu’à son propre bien. N’entendons-nous pas fréquemment des gens dire: – » Je pense à moi d’abord, car personne ne pense à moi. »
Et c’est bien ça le malheur.  Personne ne pense à personne.  Cela n’a pas toujours été.
Qu’est-ce qui a changé dans la société pour que nous en arrivions là?

L’individualisme prend de plus en plus de place car les gens sont surtout orientés vers le verbe Avoir. Ils pensent à eux d’abord, veulent se procurer tout ce que la société de consommation leur offre. Bien sur, ils ne seront jamais satisfaits car consommer n’a pas de fin, c’est bien là le propre de ce mot. Une société de consommation est définie par Larousse comme celle qui crée sans cesse des besoins artificiels.

La charité se conjugue au verbe Être. Essayez, juste pour voir, de dire « avoir charitable ».  Vous voyez bien que ça n’a pas de sens et qu’il faut dire « être charitable ».  La charité est donc un état d’être et être ne peut que prendre de la valeur, s’améliorer, se bonifier avec le temps. Ceci en fait un outil de satisfaction qui grandit, qui remplit, qui assouvit. C’est alors que « il est plus satisfaisant de donner que de recevoir » prend tout son sens. Nous savons tous qu’il est très agréable de donner, que nous sommes plus à l’aise de donner que de recevoir, surtout quand il s’agit de coup de pied au cul. Mais je blague, car il ne viendrait pas à l’esprit de celui qui est charitable de procéder ainsi.

Un vieux proverbe, dont je ne me souviens plus du nom, a dit:
– » La main qui reçoit doit se souvenir et celle qui donne doit oublier. »
La prière des scouts décrit bien cette action:
– « Mon Dieu apprenez-moi…..à donner sans compter…..etc »
Il ne s’agit pas de tout donner. Il ne faut jamais tomber dans les extrêmes, mais plutôt s’en tenir au milieu, encore une loi dont les orientaux sont particulièrement sensibles. Les bouddhistes ont L’École de la Conséquence de la voie du Milieu, les chinois ne se réclament-ils pas de l’Empire du Milieu?

Je disais un jour à une amie qui avouait ne pouvoir rester insensible au problème de la faim dans le monde, qu’elle pouvait bien tout vendre ce qu’elle a pour donner ensuite son argent, mais que le résultat serait une personne de plus (elle) qui aurait faim dans le monde. Elle voulait donner un gros montant d’argent pour une oeuvre humanitaire qui cherche des sous à travers une émission télévisée dédiée exclusivement à cette recherche. On y  montre des enfants dans des conditions abominables, ce qui afflige plusieurs coeurs sensibles. Ces images m’apparaissent plus violentes que certains films dits d’action, qui eux sont réglementés pour être montrés à un public averti.

En sommes-nous rendus là?
Montrer ces scènes de violence tous les jours pour rechercher de l’argent pour venir en aide à ces pauvres peuples qui meurent de faim, de soif et de maladies?  Où se trouve la compassion dans tout ça?

Un grand pays a enterré des milliers de boeuf dans l’ouest pour protéger le prix du boeuf sur les marchés mondiaux. Un autre a fait semblable geste en brûlant des millions de tonnes de blé pour en maintenir le prix.
Des milliards de dollars sont dépensés chaque année pour débarrasser les déchets domestiques lesquels contiennent plus de nourriture qu’il en faudrait pour nourrir tous ces peuples affamés des années entières. On fabrique du carburant avec les céréales, comme le maïs, alors que des peuples entiers meurent de faim.

Un jour, une vieille dame assise dans un parc, lançait des morceaux de pain aux pigeons. Elle leur a ainsi distribué un pain complet alors qu’à ses côtés sur quelques autres bancs, il y avait trois ou quatre itinérants qui n’avaient pas mangé depuis deux jours. Dans divers magasins à travers le pays, des gens achètent des tonnes de graines pour oiseaux, qu’ils payent un fort prix. Puis ils achètent des mangeoires qu’ils installent dans leur jardin pour avoir le plaisir d’observer quelques spécimens d’oiseaux, dont la plupart ne sont que de vulgaires moineaux. Quel est le budget de ces mêmes ornithologues amateurs pour venir en aide à leurs congénères affamés?

Je n’ose même pas vous mentionner le montant d’argent dépensé chaque jour en matériel pornographique. À lui seul ce montant quotidien servirait à nourrir les affamés du Zaïre pour un mois. Et que dire du marché lucratif des armes et de la drogue qui rapporte des milliards à ses trafiquants. 

Rien. Il n’y a plus rien à dire parce qu’il n’y a plus rien à comprendre.

J’ai lu quelque part un jour, qu’un homme se disant athée, s’en prenait à Dieu qui laissait mourir de faim des enfants. L’auteur lui répliquait: – » Ne vous en prenez pas à Dieu, demandez-vous plutôt qui sont ces hommes qui laissent mourir des enfants ainsi. »  Il avait raison. Ne sommes-nous pas les premiers intervenants sur terre.

C’est d’abord à nous de faire quelque chose, Dieu ensuite nous aidera, mais faut-il encore que nous voulions bouger.
Il faut une conscience collective qui exigera des gouvernements une implication réelle et significative sans recherche de bénéfice quelconque. (…à donner sans compter…..). Ceux-là qui s’en prennent à Dieu, l’accusant de laisser-faire sont les premiers à ne pas croire en lui et le dénigrer. Comment peuvent-ils ensuite se demander ce qu’il fait ou ne fait pas, si au départ ils ne croient pas qu’il existe?

En janvier 1997 la course autour du monde en voilier Vendée-Globe, voyait un de ses illustres participants, un compatriote québécois, Gerry Roufs, être dans de grandes difficultés. Il ne répondait plus aux appels radios et n’avait pas plus lancé sa balise d’urgence. Seul à bord de son voilier, dans les mers déchaînées de l’Antartique Sud, il était considéré par plusieurs comme en grand danger. 

Un satellite canadien fut mis en action pour balayer le secteur afin de le localiser. Un nombre incroyable de militaires et de civils, à bord d’avions et de bateaux, sont allés à sa recherche, sans succès.  Des millions de dollars furent ainsi investis dans cette recherche de l’aiguille dans une botte de foin. Que faisait la communauté internationale pour soulager un tant soit peu le sort des Zaïrois, qui au même moment, étaient exterminés par milliers et souffraient de faim, de maladies et de blessures tant au corps qu’à l’âme?

Je ne suis pas contre le fait de rechercher Gerry, au contraire. Je me demande seulement pourquoi les mêmes moyens ne sont pas mis en oeuvre quand il s’agit de tout un peuple. Je termine ce paragraphe en laissant à votre réflexion les proverbes ou maximes suivantes:

– On n’est jamais si bien servi que par soi-même.
– Chacun pour soi et Dieu pour tous.
– Pour celui qui a la panse pleine, il semble que les autres soient soûls.
– Ventre plein n’a pas d’oreilles.

Ici comme ailleurs la société remet à plus tard, fait semblant, joue à l’autruche.
Le mal qui nous atteint se nomme PROCRASTINATION.
Les gouvernements prétendent agir mais il n’en est rien.

Même si des convois de nourriture sont acheminés dans les pays nécessiteux, combien de ces convois se rendent aux véritables destinataires et combien aboutissent dans l’antre des criminels qui les utilisent à leurs fins en consommant eux-mêmes ces biens ou en vendant le tout au marché noir. Quel pourcentage des dons sert effectivement à venir en aide directement aux démunis pour lesquels les gens ont donné. Quel pourcentage de ces dons sert à payer des salaires faramineux aux dirigeants de ces mêmes fondations et à leur payer aussi des régime de retraite tout aussi importants?

Les pourparlers, les discussions interminables sont le lot des gouvernements qui ne cherchent qu’à asseoir leur pouvoir. Pendant ce temps-là des enfants, des hommes et des femmes meurent de faim. Je ne sais pas si elle est vraie, mais l’histoire qui raconte qu’un pays envoya un jour 50 tonnes de lait en poudre à un pays d’Afrique qui subissait la pire sécheresse de son histoire, aurait tendance à démontrer l’efficacité des pays riches pour régler le sort des pays pauvres. Nous vivons au vingt-et-unième siècle et l’humanité se rendra sûrement plus loin, mais je ne crois pas que ce sera dans la paix et la joie. Trop de gens souffrent et meurent dans le monde et trop peu s’en soucient pour que les mieux nantis puisent vivre la conscience tranquille.

Ils auront peur et avec raison. Car ils terrorisent leurs frères tant et si bien que ces derniers n’ont plus rien à perdre. Quand on n’a plus rien à perdre on devient dangereux. Qui ne craint pas ses semblables, n’a aucune raison de les tyranniser. La tyrannie est de plus en plus omniprésente, la peur fait déjà ses ravages.

Quelles que soient les religions, le plus grand commandement qu’elles professent demeure toujours le même:
 » Aimez-vous les uns les autres, aimez votre prochain comme un frère. »
Elles ont certainement une très bonne raison pour être aussi unanimes.

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